Thrace : les villages pomaques
En quittant Xanthi par le nord, on se dirige vers la frontière bulgare et vers les villages pomaques. Les pomaques sont des slaves musulmans, ils parlent principalement bulgare. Lorsque les frontières ont été redessinées après la 1° guerre mondiale, il y a eu de nombreux échanges de populations entre la Grèce, la Turquie et la Bulgarie. Mais certaines communautés sont restées là ou elles étaient. La communauté grecque de Constantinople a été maintenue, en contrepartie des musulmans ont pu rester sur le territoire grec.
La première épreuve, c'était quand-même de trouver la bonne sortie de Xanthi. A un moment un panneau indiquait Echinos, notre direction. En route pour Echinos alors. Au bout de quelques kilomètres, a proximité d'un monastère, la route était barrée par un sens interdit. Curieux. D'autant qu'on a vu un camion arriver en face. Il y avait un type qui trainait avec son chien devant le monastère, du coup je lui ai demandé si la route était vraiment fermée. Il a eu l'air surpris et il a dit que non. Alors j'ai demandé pourquoi il y avait ce panneau au milieu de la route. Et il m'a dit que parfois, quand il pleut, il y a de la terre et des cailloux qui glissent vers la route, et c'est dangereux, alors il y a un sens interdit pour que les gens n'aillent pas par là. Mais quand tout va bien, personne n'enlève le panneau.
Voilà nous sommes parties pour 50km sur des petites routes, c'est montagneux mais pas trop.

On traverse Echinos, notre objectif final c'est Dimario

Au début la route est assez fréquentée. Les véhicules sont majoritairement immatriculés en Grèce, mais il y a quand-même quelques bugares.

On traverse Melivoia. Il ne figure nulle part sur la carte, sur les guides, mais on se souviendra de ce sa mosquée verte.

Nous approchons de Dimario. Nous ne sommes plus sur notre terrain, d'ailleurs la route est occupée. Et j'adore le regard de cette vache. C'est mon fond d'écran du moment.

Et les deux nouilles (celles qu'on voit dans le rétroviseur), elles n'ont jamais vu une vache de leur vie ou quoi ? Bon en Grèce les vaches ne courrent pas les rues, et là c'est l'exception qui confirme la règle.

Voilà Dimario. Hors de l'espace, hors du temps. C'est un vers qui apparaît dans le bouquin palpitant que je lis en ce moment (Le Poète - Michael Connelly), et il convient particulièrement aux villages pomaques, particulièrement à Dimario. La route s'arrête à Dimario. Après il y a peut-être des chemins qui mènent à la montagne, à la Bulgarie, mais pour les voitures c'est le terminus. Comme si on arrivait au bout du monde. C'est une sensation que l'on peut avoir souvent en Grèce, au bord de la mer. Mais là au coeur des terres, c'est nouveau, et différent.







Le cimetière est au coeur du village. Et les tombes sont simples et jolies à la fois. Les inscriptions en grec, en bulgare. C'est génial.

La mosquée et son minaret. J'ai lu dans un guide que des rites chrétiens s'étaient, au fil du temps, ancrés dans la religion musulmane des villages pomaques. Certaines fêtes de saints notamment.



Alors ça ! C'est une image de carte postale. Sauf que pour faire les cartes postales on paye des gens qui jouent à la yaya ou au papou avec son ane et son costume local. Là c'est du vrai, du 100% naturel.


Bon Dimario ne voit pas des étrangères débarquer tous les jours, et à l'heure ou nous y étions, il y avait un rassemblement de femmes qui attendaient le bus. Elles nous ont parlé, mais ce n'était pas du grec. Alors moi j'ai répondu en grec que nous ne comprenions pas. Alors elles nous ont parlé en grec. Elles nous ont demandé d'ou nous venions, et quand j'ai dit Paris elles ont fait de grands gestes en disant "po po po makria makria ..." ce qui signifie "oh la la c'est loin". J'ai dit que nous parlions français et que moi je pouvais parler un tout petit peu en grec, et l'une d'elles a répondu qu'elles parlaient toutes bulgares. Mais apparement elles connaissent toutes le grec aussi.

On repasse devant le cimetière.



Il y avait dans ce village des gamins qui nous suivaient, qui nous parlaient. Mais comme ça devait être en bugare, nous n'avons rien compris. Pas moyen de savoir si c'était gentil, ou pas. D'ailleurs l'un d'eux se prenait un peu pour le petit chef, ils nous suivaient, et quand on se retournait pour essayer de prendre une photo, ils faisaient demi-tour. Apparement nous étions là à l'heure ou devait commencer le cour de religion, car tous les enfants avaient le coran à la main et le truc blanc sur la tête (je ne connais pas le nom ...)

Les garçons étaient habillés normalement, principalement en survêtement. Mais les filles semblaient venir d'un autre age. Les jupes longues serrées, les chaussettes dans les sandales, les foulards sur la tête ...c'était vraiment surprenant. J'ai vraiment l'impression d'avoir voyagé dans le temps. Hors de l'espace, hors du temps. Décidement ce vers est écrit pour la Thrace.

Retour à la voiture pour un retour en douceur dans notre espace temps à nous. Nous retraversons le village de Melivoia. Je photographie la traversée de la ville tout en conduisant. Le village semble être construit tout en longueur, sur une distance de 2Km grand maximum.




Et je n'avais pas remarqué que ce si petit village avait deux mosquées. Comme quoi ça sert de prendre des photos


Sur le chemin du retour on s'arrête pour faire le tour d'Echinos. Un village pomaque aussi, mais un grand village. Entre la statue et la ville il y a le cimetière.

Comme je l'ai déjà dit, j'aime les frontières. Et être si proche de la Bulgarie, voir le panneau ... j'adore ça




Des maisons blanches, presque comme dans les Cyclades


En quittant le village on a vu un panneau qui disait qu'il était interdit de photographier. S'il avait été planté dans le bon sens on l'aurait peut-être vu avant de faire des photos. Enfin un panneau posé à l'envers et orienté de façon à ce que personne ne puisse le voir, ça nous confirme, au cas ou on aurait des doutes, que nous sommes toujours bel et bien en Grèce !
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